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Le blog de Laurent Schietecatte, professeur d'histoire-géographie au collège Jules Verne (Nantes)

Louis... et les autres

Publié le 11 Novembre 2014 par lschietecatte

"C'est quand même très frappant que dans notre pays on ne puisse pas aller où que ce soit , dans le plus petit village, l'endroit le plus reculé, sans trouver la trace du temps de cette mort, c'est à dire la trace de la première guerre mondiale. Et donc quelque part, ça nous dit que ce siècle a commencé par la mort de masse", explique l'historienne Annette Becker dans 14-18, les pierres du deuil, qui retrace en quelques minutes l'histoire des monuments aux morts.

Dès 1918 se pose la question : comment commémorer une guerre aussi meurtrière ? En France, 1 400 000 morts ! C'est le pays où "l'impact humain fut le plus important : plus de 70 % des soldats mobilisés furent tués ou blessés. Parmi eux, 15000 Gueules cassées".

Ainsi des milliers de monuments seront construits pour rendre hommage aux soldats tombés au combat comme le veulent les anciens combattants mais aussi pour fêter la victoire, lors du 11 novembre.

Celui de Nantes est un exemple intéressant puisqu'il suscitera plusieurs polémiques : sur le lieu de son érection, à propos de la statue en bronze que le maire Paul Bellamy ajoutera en 1927 et qui sera jetée à terre et frappée de coup de hache par des jeunesses patriotes deux mois plus tard ! Les archives municipales y ont consacré un riche dossier documentaire, un monument aux morts polémiques.

Louis... et les autres

Parmi les morts nantais recensés sur la base Gabory se trouve Louis Ambroise Chaillou de l'Etang, soldat mort le 01 mai 1905 dans une tranchée dans la Somme. Mais son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Nantes. Quatre élèves du collège ont enquêté, voici leur résultat : 

 

Chaillou de l'Etang : un soldat, deux monuments

Il y a eu 6500 Nantais morts durant la première guerre mondiale dont Louis Ambroise Marie Chaillou de l’Etang. Il naquit le 16 octobre 1883, à Mustapha en Algérie alors département français. Nous ne savons pas pourquoi il est venu en Loire Inférieure mais il fut recruté à Nantes et combattit courageusement pour son pays dans le 65ème régiment d'Infanterie avec le grade de 2ème classe. Malheureusement il mourut tué par l’ennemi le 01 mai 1915 dans une tranchée devant Hamel dans la Somme à l’âge de 31 ans. Son corps repose depuis à la nécropole nationale de Maucourt dans la tombe n°2380. 

Son histoire aurait pu en finir là mais voilà M. Chaillou de l’Etang est inscrit aux archives municipales des deux villes : Sautron et Nantes mais son nom n’est gravé que sur le monument aux morts de Sautron. Nous nous sommes questionnés sur le pourquoi de cette inscription sur le monument de Sautron alors qu’il était nantais. 

Selon Marc Barbieri auteur du site internet « Les soldats de Loire Inférieure 1914-1918», et d'après la loi du 25 octobre 1919 et de son article 5 : « Des subventions seront accordées par l'Etat aux communes, en proportion de l'effort et des sacrifices qu'elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la patrie ». En conséquence, selon lui « l'érection d'un monument aux Morts représentait un réel effort financier pour les communes. C'est pour cette raison, que, plus il y a de morts à inscrire, plus les subventions sont importantes ». Notre époque n'a rien inventé... . 

Cependant le soldat Chaillou de l’étang, qui était nantais, a le droit d’être inscrit au monument aux morts de Nantes, se situant Quai Ceineray. Il est mort pour son pays et a le droit à la reconnaissance qui lui est due. Qu’importe la véritable raison de ce transfert de nom. Il faut maintenant corriger cette erreur ! Rendons au soldat Chaillou de l’Etang son monument ! Un jour peut être son nom rejoindra celui de ses camarades de tranchées.

Mya-Sahara, Calvin, Tariq, Nathan (2014)

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